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Le Tango et l'Ecriture avec Les Kryptonniques- Paris-Montreuil

7-TEXTES DE L'ATELIER

Publié dans #Ecriture

Les écritures spontanées

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Jeudi 12 janvier 2017

Nous étions fragiles, nous étions censés être forts toujours plus forts et le démontrer. Rien ne pouvait nous arrêter dans cette avancée diabolique, le soi-disant progrès de notre race.

Notre race. Résidu d'une dégénérescence ignorée, refoulée, sans doute honteuse.

Notre race derrière le hublot, petite lunette sur le monde grouillant du dehors. Petite lunette protectrice qui nous faisait dieux, intouchables et vénérés.

Petite lunette salie déformante du dedans.

Petite lunette qui de dehors, montrait une image de nous embuée, mystérieuse, divine.

Oui nous étions une race divine et prisonnière. Nous n'avions pas trouvé d'autres alternatives pour notre survie. Les réserves naturelles de notre monde, celui du dedans où l'on vivait, s'amenuisaient d'année en année. Nous récoltions le résultat de notre négligence, de notre sentiment de surpuissance affabulée.

Nous ne nous disions pas que la fin était proche. Non, les dieux sont immortels.

 

                                                                                         Marie Dominique

 

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Lundi 2 janvier 2017

 

La lie

 

J'ai tout perdu avec l'automne.

Je prends le temps de mesurer

Chaque centimètre de peau nue.

J'ai tout perdu, entendez-vous,

Le chant d'un homme hagard?

J'ai bu, je bois, encore et encore,

J'attends la noyade.

Je retrouverai avec l'été

Cet air déjà connu,

Celui-là, celui qui me plaît,

Tout en courbe, arcade et triomphe,

Cet air qui passe et pousse

Mes idées maigres de vache à lait.

Je nagerai en été et me noierai en hiver

Pour tout perdre en automne

Car ce jour où tu m'as quitté,

Comme la feuille insensible quitte l'arbre,

Le froid hivernale a soufflé

Un vent encore chaud sur ce monde miroitant.

Chaque cycle me ramène à toi, en toi,

Puis me balaye de sa lumière crue.

Je succombe à l'ivresse des jours égarés,

J'avale la lie, les couches fanées et putrides

Où pousse pourtant un souvenir,

Le seul qui me maintienne ici

Au cœur de l'automne perdu.

                                               Guillaume

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Jeudi 30 juin 2016

 

Murmure confus du ruisseau.
Dans la grande ville,
rumeur le matin,
brouhaha tout le jour.
Moment de silence autour de la table.
Murmures de ratures,
de crayon qui glisse.
Crépitement des Rice Crackers Thaïlandais sous la dent,
bruits d'enfer !
Panne dans l'écriture.
Coup de froid.
Eternuement.
Vide.
Grand vide.
Ne laisser aucun vide
ou le laisser venir, s'étaler.
Le petit ploc,
comme un bouchon de champagne miniature
quand la queue de cerise en est arrachée.
Echo du ploc dans la bouche,
dans l'antre de tous les possibles.
La bouche comme ventre de la baleine,
chaudron où la vie se mijote,
jaillie des vases profondes.
Vivre l'asymétrie,
se sentir vide quand tous,
autour de la table,
semblent suivre un chemin qu'ils ont trouvé
et qui les appelle.
Je me suis donnée au vide.
Je me suis mise sur le chemin des mots.
Mais ils ne me font pas signe.
Et dame Lassitude me rejoint peu à peu.
On dirait que certains sont venus
eux aussi

lui dire bonjour.

                                               Soline

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Jeudi - 2016

 

Meuh. C'est la valse des boeufs qui trottent à l'abattoir. Meuh. Meuh. C'est le cri de ralliement de la meute effrayée qui se répand sur les routes. Où va-t-on ? Meuuuh c'est une question inutile. On va là où le courant nous mène. Et on ne s'arrête pas : ça gène la circulation.
Meuh, meuh ! A dit mon père. Meuh ! A surenchéri ma femme : c'est par là. C'est indiqué, fléché.. Et puis allez marcher dans une autre direction dans cette foule bigarrée. Les pompiers et leur échelle, le docteur et même l'instituteur, tous marchent au même pas. Et on ne sait toujours pas pourquoi spécialement cette direction. Il est simplement impossible de dévier. On se ferait marcher dessus.
Oh ! J'ai dit. Où on va ?
Autour de moi, les gens ont haussé les épaules et puis il y a un petit vieux qui m'a regardé, a levé sa petite canne en bois et d'un air pénêtré m'a dit : « par là ». J'ai continué un peu plus lentement pour voir si la foule était moins dense derrière. Les gens râlaient en me bousculant. J'en ai perdu de vue ma femme et mon père. Et je me suis trouvé tout seul au milieu d'inconnus soucieux qui marchaient d'un pas décidé en regardant leur montre et en marmonnant : « Meuh, meuh !... »
« Avez-vous l'heure ? », j'ai demandé. « Meuh, meuh. »
ça ne m'avançait guère. Mais impossible de s'extraire de ce rassemblement : à perte de vue, on marchait au même pas. De petits groupes se formaient, dicutaient entre eux. On sympatisait en chemin : « Meuh, meuh... ». A un certain moment, le terrain a commencé à monter et de petits vieux ont ralenti le pas en ahanant. « Meuh, meuh ». Mais ça poussait derrière. Pas par méchanceté, juste parce que les gens derrière avaient eux-mêmes des gens derrière eux qui ne savaient pas que le terrain s'élevait ensuite.
Alors les petits vieux sont tombés et on n'a rien pu faire d'autre que de les piétiner. « Meuh, meuh » criaient les piétineurs catastrophés. Mais à peine leur avaient-ils marché dessus qu'ils étaient entraînés plus loin. Deux types à côté de moi ont essayé de résister le temps qu'un petit vieux à terre se relève. Peine perdue : les deux gars ont basculé à leur tour, trébuchant sur le vieil homme et se sont fait aplatir à leur tour. J’avais eu la vélléité de leur porter
main-forte, alors ça m'a servi de leçon et je me suis dit que ce serait déjà pas si mal si je m'en sortais indemne.
Ça n'était pas si facile parce qu'à mesure qu'on progressait sur cette colline, le nombre de corps piétinés augmentait, si bien qu'on voyait de plus en plus de gens la tête baissée, occupés à conserver leur équilibre. Evidemment, les chairs ne résistaient pas au poids successifs de toute cette foule, si bien qu'à intervalle régulier, une jambe s'enfonçait dans un ventre mou avec un bruit de sucion très désagréable. Cependant, une fois les chaussures et le bas du pantalon maculés de liquides corporels divers, sang, pisse, excréments, il n'y eut plus qu'à se résoudre à en supporter l'odeur. L'important c'était surtout d'éviter de trébucher.
Au fur et à mesure de notre progression, les corps que nous piétinions étaient de plus en plus aplatis et cela devint plus facile d'avancer. La pente était plus rude et nos pas commençaient à se faire plus lourds. Parfois, on essayait de reprendre notre souffle entre deux pas. Mais vite, la foule pressait derrière.
Je marchais, corps courbé, sans plus me préoccuper de ce qui m'entourait, tout à ma peine, quand je trébuchai sur un corps qui m'était familier. C'était mon père. La foule se faisant légèrement moins compacte, je pus rester un court instant à le dévisager. Il avait un visage hébété, de celui qui meurt sans comprendre ce qui lui est arrivé. Son ventre était tout écrasé et ses hanches faisaient un angle bizarre avec le reste de son corps. Je me suis dit que je n'aimerais pas mourir comme ça. J'ai voulu faire une petite prière avnt de repartir. Mais je ne trouvais rien à dire. J'ai fini par dire ce qui me passait par la tête : « meuh, meuh ». Et je suis reparti.
La colline s'était transformé en montagne et nombre d'entre nous étaient déjà tombés, aussi nos rangs devenaient de plus en plus clairsemés. Ceux qui le pouvaient continuaient à marcher vers la cime, les autres s'écroûlaient là, et comme personne ne s'occupaient d'eux, ils finissaient par mourir à l'endroit de leur chute.
En réalité, il n'était même plus nécessaire de continuer dans la même direction, peu de gens étaient encore debout, mais cela faisait tellement de temps qu'on visait ce but que la simple idée de redescendre, ou simplement de marcher à flanc de montagne ne nous venait plus à l'esprit. Le sommet, voilà ce qui comptait.
Avec les gars qui restaient, on se regardait parfois, et en s'essuyant le front, on s'échangeait un petit sourire connivant : « Meuh, meuh ». Cependant, je commençais à fatiguer moi aussi. J'avais la bête impression que mon corps ployait sous l'effort, comme un petit vieux qui souffle comme un taureau à chaque pas qui le sépare du bureau de tabac où il achète son paquet de Gitanes quotidien. J'avais une barbe hirsute qui avait blanchi après tous ces jours à marcher, et mon corps qui était devenu sec comme un bout de bois mort flottait dans mes vêtements déchirés.
A un certain moment, j'ai levé la tête pour voir si la cime était enfin à portée de vue. Mais non, toujours la montagne à perte de vue. J'ai fait un long « Meuh » plaintif et découragé. Cette montagne n'a donc pas de fin ? J'ai pris appui sur un rocher, et mes jambes ont cédé sous le poids de mon corps exténué. A côté de moi, je découvrais ma femme. Elle respirait avec difficulté, recroquevillée sous le même rocher, dans une infractuosité qui la protégeait un peu du vent. Elle agonisait. Il n'y avait plus d'espoir. Je l'ai regardé longuement.
Quel voyage nous avons fait ensemble ! Ai-je pensé. Je lui ai fermé les yeux, j'ai prononcé les paroles de circonstances : « meuh, meuh ». Et puis, j'ai attendu patiemment que la mort me prenne à son tour.

                                                                                        Nicolas

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Jeudi 19 novembre 2015

 

C'est l'été indien. Dans la rue, deux arbres gigantesques, constellés de kakis, comme des boules d'or, explosent de lumière, comme un Noël en novembre.

L'hydre, avec ses têtes de femme, découvre les kakis, tend ses bras pour les cueillir et les manger.
 Elle semble désespérée. En son sein, un cocon blafard semble encore avoir des pulsations de vie.
 L'hydre mange aussi vite qu'elle peut et son long cou devient peu à peu orangé et le liquide orange des kakis descend dans son cou.

Le cocon frémit et se transforme.

Le cœur semble battre plus régulièrement.

L'hydre se penche vers le cocon et redouble d'ardeur pour manger de toutes ses bouches. son ventre devient orangé.
Le cocon ressemble maintenant à un berceau blanc dans lequel vit un petit, l'enfant d'Hercule, vigoureux comme son père.

L'hydre est transformée, orange jusqu'au bout de toutes ses jambes.

Elle se souvient de leur amour, Hercule, l'homme parmi les hommes.

Pourquoi a -t-il fallu que les Dieux obligent Hercule à la tuer ?

Pourtant, aucun Dieu ne veut la mort de ses enfants.

Hercule l'a frappée le moins fort possible et a demandé pardon à l'hydre, sa toute belle, son extraordinaire.

Il l'a prise dans ses bras puis s'est enfui.

L'hydre se souvient.

Maintenant, elle a tout donné à leur enfant.

Elle s'allonge, à bout de forces et le dépose à ses pieds, vivant, innocent.
 

Soline

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Jeudi 19 novembre 2015

 

Face à moi était le monstre. Il avait une sale tête, enfin plusieurs sales têtes. Il me narguait, ou bien je le croyais.

Puis une des têtes a tiré la langue, c'est à dire m'a tiré la langue plus exactement. Alors moi aussi je lui ai tiré la langue. C'était un stratagème. La tête m'a de nouveau tiré la langue, mais cette fois-ci une langue très longue, si longue que je me suis jetée dessus pour l'attraper à pleines dents.

Je n'ai pas desserré les mâchoires. De toutes façons je n'avais rien à dire.

Le autres têtes se sont mises à gueuler des insultes, des menaces. Je m'en foutais, je n'avais pas peur, je n'avais rien à perdre me semblait-il, rien à perdre.

Maintenant que j'y pense c'était incroyable de ne pas avoir peur, parce que toutes ces têtes de monstres autour de moi étaient vraiment menaçantes et munies de dents blanches bien pointues.

Pourtant je restais accrochée avec mes petites dents à moi à cette grosse langue poisseuse et puante sous l'haleine putride du monstre sans craindre qu'une autre mâchoire ne s'abatte sur moi.

Tous les yeux injectés de sang de la bête me regardaient avec une rage à faire reculer des armées.

Moi j'avais confiance, j'avais la langue d'une de ces têtes que je ne lâcherais sous aucun prétexte, ni dans la douleur, ni dans la mort, et ma conviction, ma foi, faisaient peur au monstre.

Je tenais la langue, je tenais la bête, le monstre par un bout, le bout sensible, et j'allais comprendre. Je comprendrais, je le savais, qui il était.

Je me disais qu'il ne lui était pas très utile d'avoir toutes ces têtes idiotes pour se retrouver piégé par un petit bout de langue. La bête se secouait dans tous les sens et je virevoltais moi aussi, emportée par la force et la violence. Elle voulait me faire lâcher prise, mais ma souplesse me permettait de suivre toutes ses contorsions sans difficulté. Ma patience et mon acharnement n'avaient pas de bornes.

De chaque tête sortiraient des mots, de chaque œil sortiraient des larmes, et alors peut-être, apaisée, je desserrais doucement les dents de ce morceau précieux qui m'avait menée à la vérité.

Marie Dominique

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Jeudi 6 novembre 2014
 
A- Dix minutes.
B- Quoi?
A- Vous avez dix minutes. Après on part en réunion.
B- Vous plaisantez?
A- J’ai l’air de plaisanter?
C- Ecoute, Berthier, dans dix minutes Sanier arrive. Tu connais pas Sanier? Alors je t’explique: Sanier arrive. Chemise blanche boutonnée jusqu’au col, cravate grise, petit cartable noir. Pas bonjour. Il pose son cartable sur la table, il ouvre son ordinateur portable. Il demande les chiffres. Tu donnes les chiffres. Il fait une petite grimace. Un petit sourire pincé si ce sont de bons chiffres. C’est plus rare. Ensuite il demande le rapport. Tu donnes le rapport. Il met le rapport dans le petit cartable noir. Poignée de main molle, regard fuyant. Sanier s’en va. 
A- Et si on a pas le rapport…
B- Le rapport?
C- Le rapport!
B- mais vous m’avez dit d’écrire une note d’une page. Je peux pas faire plus de toute façon, c’est impossible! Et il faut l’imprimer après?
A- Vous avez dix minutes.
B- mais c’est…
C- Tu as des capsules de café?
B- Quoi?
C- Eh t'es sourd? Tu as des capsules de café?
B- Euh, oui, là dans ce tiroir.
C- Merci. Nous t’attendons dans la salle de café. Avec le rapport.
B- Mais enfin, comment voulez-vous que je fasse? Je ne sais même pas quoi mettre dans votre foutu rapport!
A et C: Pardon?!
B- Je voulais dire: Que dois-je donc écrire? Vous m’avez juste dit de rappeler le bilan de septembre. Mais ça tient sur une page, ça.
A- Etoffez, mon petit. Mettez donc les chiffres d’août.
C- Fais un comparatif avec 2013.
A- Illustrez avec des graphiques.
C- Des analyses dynamiques.
A- des statistiques.
C- Des cartes holographiques.
A- Bref, un rapport.
C- Nous t'attendons dans la salle de café.
A- Avec un peu de chance, Sanier aura un peu de retard.
C- Ou un fils malade.
A- Il a un fils, Sanier?
C- Non, mais s’il en avait un, il pourrait être malade pile aujourd’hui.
A- Ca nous arrangerait bien.
C- En tout cas, cela fait dix minutes que nous discutons et Sanier n’est pas là.
A- C’est juste.
C- Son fils est peut-être malade après tout.
A- Après tout…. Pourquoi pas?
C- Cela te laisse le temps de finir ce rapport, Berthier.
A- Exactement. Nous vous attendons donc dans la salle de café.
C- Dans dix minutes.


                                   Nicolas - 6 novembre 2014

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J’vais te dire, p’tit con: faut arrêter de rêvasser. La Révolution, les grands discours, tout ça… L’Humanité, c’est rien qu’une fosse à purin. Tu peux pas t’y coller les doigts sans sentir la merde. Alors occupe-toi de ta petite femme et planque toi le temps qu’ça passe. Les Révolutions, c’est pas pour les gueules d’ange comme toi. T’as trois sous. Tu bouffes tous les soirs, non? Alors suis mon conseil: reste planqué, qu’on aperçoive pas ton minois dans les tranchées ou sur les barricades. Tu s’rais l’premier servi, crois-moi! Le Destin, y rigole pas avec ça: y ricane. La Révolution, p’tit, y a que sur l’papier qu’c’est beau. T’as toujours quelques belles crevures qui romantisent et littératurent dessus. Mais regarde un peu: tu coupes une tête, t’as dix hyènes qui prennent sa place. Les icônes d’hier, que le peuple aurait suivi jusqu’aux Enfers, regarde ce qu’elles sont devenues. Des charognes qui se paient sur la bête. Faut faire confiance à personne, petit.
Cache-toi, voilà mon conseil. La Révolution, la vraie, c’est de survivre. Avec ta petite gueule d’ange, au moins toi, tu repeupleras la planète avec de jolis chérubins. P’têt même qu’ils apprendront à être plus solidaires et généreux, si leurs visages déteignent sur leurs coeurs.

Regarde-moi çui-là: il a même pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrive. La cervelle a explosé façon puzzle, comme on disait à l’époque. Et encore, il a du pot, en le lavant un peu, ça fera un cadavre acceptable. S’il a encore de la famille, évidemment.

Tu dis rien, petit? Tu fais bien. Fermer sa gueule, ça reste encore le plus sûr moyen de pas dire de conneries. Et moi, à ton âge… Enfin! Tu sais c’quon disait quand j’étais jeune? Qu’y aurait pu jamais d’guerres. Qu’avec la bombe atomique et leurs saloperies chimiques, ça s’rait pu possible. On y croyait, nous. Une belle brochette de naïfs qu’on faisait! Et puis, tu vois, on est resté sage.On est revenu aux bonnes recettes d’antan. Ah! Ah! les crétins: le dernier litre de pétrole épuisé et hop! toute nos belles technologies de pointe en panne! J’aurais aimé voir la gueule des généraux ce jour là! Con comme un général, ça devrait être, l’expression. Bref, avec tout ce panier de crocodiles dans le marigot, on devait bien finir par s’écharper. Ce qui sépare une société de l’anarchie, c’est trois repas, point barre.

Et çui-là, il aura pu jamais faim...

Tu dis toujours rien? Ça t’a passé le goût de la Révolution? Voilà, c’est bien, tu deviens sage. La Mort, ça rend philosophe.


                                             Nicolas - 6 novembre 2014

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     Des lignes
              pour ne pas repartir en arrière
        
        Lignes barrières :
                Mises à l'
Ordre
Dans un casier  
Consignées dans l'acier     

Se déporter sur des fils aériens
    sortir du centre des regards
    Stylo à la main
    comme un stylet pour une mise
                en garde

Barrière attachante
                 Immobilisante : Collées au rond
        Clouées au  quai du cercle ?
        

        Où                
        Prendre le prochain train … ?    


Un vide : échos                     
de Paris Pluvieux
de Cave                     
       sous le niveau de la Seine
des Hémisphères mis à l'envers
des pavés déterrés prêts à voler

            Echos – d'écrits,
            des mots en ligne  
            au cours de l'eau

            Pour   glisser
               sur lignes d'ailleurs....  

Mais le temps
  venait coller son nez
    aux carreaux
    carreaux de  papier

et inscrire le relent
        d'un temps d'hier
                sur les lignes d'aujourd'hui
                Tout en laissant
                des traces
sur les carcasses    pour demain !
        

Ecriture
à plusieurs mains
au centre
de l'arène sans gradin
        Table ronde  des bois

Fleur de Pô :
Tulipe – Rouge gressin
            
 Les grêlons ont laissé leur trace            
    Les lilas sont brûlés
    Les hortensias sont squelettiques
             Bilan de jardin  en juin

Tu lis pas, t'écris pas  à Fleur de peau    
La promenade n'est plus
        de mise
quand la bataille bat son plein
feu en pont  de suspension

 

Estelle
   Tes laitues naissent-elles ?  

                 Bon        le Geppetto         s'embrouiller dans ses fils,
                              ou planer sur les ailes de ses Mario ?

     le Elle           ne plus rien savoir     
                   ou se souvenir du présent ?


Et l'Autre ?
mise à terre
sous les cendres d'un volcan
Volcan comme
    un cancer mis aux nues.

Pas arrivée
à sortir de la prise
        de poste


Estelle         Mais c'est qui celle-là ? !
Elle n'avait rien dit
Elle était partie sur un coup de tête
 ou avec un petit coup dans l'aile

J'avais pas vu
    son coup partir
    ni son échappée
        après ça
Estomaquée !
Restée sur le carreau
Je pouvais pas
    en décoller

     Puisque j'avais compris
Fallait pas y couper
Emprisonnée
  dans la consigne
     de mains de fer -

            
            Révision constante
    des changements de frontière
Inventaire de tout l'espace
et du saccage

Grabuge
pour ne pas oublier

Résultante : le temps
        ne passera plus pareil
les lignes imaginaires
sont barrées
la plume
reste rivée au rond
énumère
    la présence au présent.


Chants de bataille
 Rythme de  leur marche
  Garder en main l'acier scripteur


Ne pas oublier,

et plus-tard  ciseler des images
   où vous poserez  les vôtres

Toujours réécouter
les 7 notes
et jouer au rythmes des canons
Tisser les lignes de mots,

Matière offerte, à vos métamorphoses :
Bois à la dérive ou Pierre cueillie à bas du chemin...
vous en ferez d'autres choses :


La toile vous attend
Le clavier vous appelle
La terre se love comme un chat

    
    Et le silence
        s’apaise dans la journée


        Après combien de temps
   l'herbe a-t-elle
    repoussé
Les douilles restées
  à même les champs ?


Le sens n'avait pas encore
émergé du magma
    Les tranchées n'avaient
        ni queue ni tête
        Seule direction : Ne pas suivre
                    les lignes de démarcation
                Le rythme des coups de feu
n'a aucun sens -

De tout le marasme
une ligne émerge
    Je vous assure
    Même s'il ne faut pas la suivre -


Les embuscades
    dans les lignes de derrière
    dans le temps inattendu
    pour faire revenir illico-presto
     au centre de la cible
    un point
        sans   mot

Mais ces lignes sont intraduisibles

Alors ils tresseront les chemins
avec toutes les brindilles
trouver au bord de leurs pas

Et demain se rejouera
                
                sans doute : à  quelques
                        secondes près    


                                    Isè -  Eté 2014- Jardin en juin -  

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Jeudi 27 mars 2014

« Le jardin s’est réduit. On va y goûter de tous nos sens.»

La terre était vaste du temps de l’enfance. l’horizon a perte de vue. Effrayant.
Vaste mer des possibles.
Les couleurs du prisme écrasées au sol, délavées.
Inertie, fadeur, déprime. Sans parcelles, le domaine, le riche domaine du monde.
Dans le ciel, l’étoile. Merveilleusement scintillante. Coruscation d’un espoir comme éteint.
Lointaine, lointaine entité. Celle qui peut faire survivre. Celle qui peut à force faire mourir.
La terre était le jardin de l’enfant. On l’y avait posé. « Débrouille-toi, là ! lui avait-on dit, et puises-y ta force ».
Ce n’est pas l’enfant qui a compris. C’est la terre qui doucement comme par compassion, s’est réduite pour l’enfant.
La terre a voulu de l’enfant pour la fouler, boire à ses sources, écouter ses oiseaux, goûter sa pulpe, se rouler le corps nu au milieu des fleurs.
La terre, ce petit bout de terre. L’enfant l’a adopté et compris. L’enfant l’a choyé et en a fait un superbe domaine pour y construire sa maison.


                                        Marie Dominique 

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Entendre, prêter l'oreille
écouter le silence du sommeil.
Peu à peu jaillissent les images
les mots, les émotions.
 
Entendre les bribes et les tisser à nouveau, 
les tisser comme des couvertures,
comme des vêtements pour le jour
des habits pour sortir.
 
Entendre son être
écouter son mystère
s'apprivoiser, se parler.
 
Un voyage dans le temps d'avant
dans le temps de la vie d'avant
de la vie qu'on avale trop vite
de la vie qu'on digère mal
de la vie qui passe.
 
Prendre le temps
goûter le temps
lâcher.
                                              Soline  Février 2014
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Un petit lâcher prise. Trop petit. Pourtant il était grand comme une bombe. Quelque chose a explosé dans mon corps, dans ma tête. Je suis partie loin dans un monde meilleur. Facile pour qu’il soit meilleur ! Mais là, plus de pesanteur. Le corps est un vrai corps, sans âge où coule le sang dans les veines sans encombre, où les chairs roulent sans se manifester, où la tête s’incline sans croire à autre chose de plus compliqué, sans interrogation, dans un bain souple et frais, un air docile du temps et des gestes.
Mes yeux sont ouverts, mon bras se lève lentement, je te dis «bonjour, comment ça va ?». Tu me réponds quelque chose de presque imperceptible, mais que je comprends.
Ta main touche la mienne.
Ton corps touche le mien.
Nous partons.
                                             Marie Dominique - Jeudi 7 novembre 2013

 

Un petit lâcher prise. Trop petit. Pourtant il était grand comme une bombe. Quelque chose a explosé dans mon corps, dans ma tête. Je suis partie loin dans un monde meilleur. Facile pour qu’il soit meilleur ! Mais là, plus de pesanteur. Le corps est un vrai corps, sans âge où coule le sang dans les veines sans encombre, où les chairs roulent sans se manifester, où la tête s’incline sans croire à autre chose de plus compliqué, sans interrogation, dans un bain souple et frais, un air docile du temps et des gestes.
Mes yeux sont ouverts, mon bras se lève lentement, je te dis «bonjour, comment ça va ?». Tu me réponds quelque chose de presque imperceptible, mais que je comprends.
Ta main touche la mienne.
Ton corps touche le mien.
Nous partons.
                                             Marie Dominique - Jeudi 7 novembre 2013

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RêVES d’Errance ou VERS en Clair

Un air de Charabia
Au bord du silence
    Prochain rêve en face à face
    Trace à même la tête
    Au creux de la carcasse
    Impossible à extraire
     Le Volubile momifié
Problème reste là
En face à face
Extraction de la carlingue
Renoncer ?

Pris un clair de Lune
    Dans le regard
En plein dans un soir à jour
    Soir à nue
    Sans nuit
        Partir
        Ecrire ailleurs
        Sur d’autres ornières

Sur triomphe de l’absurde
Lame rentrée dans le fourreau
    Mécanisme à toute vapeur
    Absorbée  en Sacrophage            Accrochage ? En accord Sage ?
Garder le casque en passoire
Pour démêler les idées enchevêtrées
    Des oreillers.


RéVEs  sans Chair ou VERs Sans Clairs

Trace dans une tête vide
    Du Feu du drame
Le vide des-passes
    Ou Silence plongé par-dessus bord
    Rêve mis au panier à ordure
    Dans une nuit post-Hume

Passer par un panier à salade
Sans cris hagards
    Et haine à triage

Clore le monde d’un éclat métal        Ecart Mental ? Les Cris à égards ?
Paraître s’oublier
Dans l’espace clos étouffant
    Des casques criblés
    D’idées arrêtées.

                                        Isé 13 juin 2013 

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Allez les gars !

    Partir pour éteindre
    dans ultime étreinte
    le poêle de la tristesse
Laisser mourir le feu
Noir
Partir sur les corps de Trafalgar

Les Gars -
        La Grêle reste en suspens
        Pas de cacophonie
        sur le zinc
            S'envoyer le p'tit noir
            au coin du poêle
        Nettoyage radical   
            comme l'explosion
            des mots tendus crevant en travers du vide
        de la jugulaire
        où coince larme blanche

Je sur un fil d'Il précaire
    Avancer mot à mot
    en file indienne
Mais quand le fil casse
    Tout se retrouve à plat
    S'égrenne au sol

Mots en tas
    Seule et quelques bribes rattrapées
    après l'impact du hasard


Repartie pour un autre moi
    Trouver autre chrono
    dans de nouveaux traits à la ligne

Déloger le lit des ponts
Pour se coucher sous les arches des lettres

Et ce toi, à qui on n'offrirait pas de t,

S'la jouer soûl sur d'autres ponts
pris  entre les lignes des portées étrangères

La bouche ouverte
Oublier l'air d'Ecume mortelle

        Loin des fumées de poêle
        à tristesse
        qui ne veut plus
    s'éteindre.
                                       Isé 11 octobre 2012

 

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Une recherche de matières premières.  Matières tout au fond ? Juste à l’orée de notre cœur de notre corps. Premières. De ces matières que l’on reconnaît, que l’on prend, que l’on sort, que l’on pétrit, cuit, mange, digère, ressort, reconsidère. De ces matières que l’on regarde, ébahi, avec un sourire heureux, le sourire d’une vie de veines, de sang qui tape, et coure, et gazouille, pain plastique parfois avec une mèche.
Matières, de celles qui nous constituent, nous modèlent doucement à notre insu, puis parfois nous brutalisent, comme ça, sans prévenir, avec une force qui nous semble inconnue.
La matière de l’encre se mélange au sang des veines, puis le soir lorsque la nuit est pleinement tombée, il jaillit sur la feuille de drôles de traces, noires, bleues, quelques violettes.
Faire connaissance avec cette chose qui sort.

                                          Marie Dominique -  Jeudi 27 septembre 2012
 

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II          Ecriture sous influence

Un coup de sapin
Il a cassé sa pipe
    Pas besoin d’aller plus loin
    sur des Histoires de vie
perdue dans des blessures
    qu’on t’a minées

Il parlait -     J’sais pas
        Comment dire

Enfin :  Le rossignol chantait
    son chant pour la plus
    Haute branche
Seul dans son
    No man’s land
    Champs de mines


C’est con  - Tu as vérolé
        L’affaire
    Tu peux plus faire
    Un pas sans que ça chauffe

Encore falloir trois pages
Avant qu’il dise…
Allez,
    Tourne pas autour du pot
    J’la connais l’expression :
    « je disais ça pour rire »
       
        Tourne la page
 

La prochaine fois
Ca ira mieux
    Après nettoyage
    De fond en comble
    Récupération par ovule
        assainissante
     Attendre l’eau sous les ponts
     Pour retrouver
     Surface de la plage blanche


On était partis
    Sur le sérieux
    Pari sur le sérieux coup
              De vie au féminin
Pas envisagé de prendre
         un thé.

Partie pour dépasser la mort
J’avais accepté
de voir la vie en long
de croire l’acte : créateur
mettre le mot à l’air
laisse le R à terre

Et retrouver l’ordre,
    au moins pour
    creuser le mémoire
    à la Descartes
 

 I.
Pain plastique
En décapsuleur
D’imaginaire
Servi dans une cave
Pour oublier le passé poussiéreux
    Descente
    Des cratères de mémoire
    Où croiser rencontre fortuite
        Mais filon d’images
        S’épuise vite
    Inspiration tombée
    Au ras des marches
    De l’escalier
    coincé sous vieux tapis
           dont il s’habille
Immeuble immobile – sans haut
            Sans bas

Ne reste qu’un cylindre aspiréacteur
Ou créateur de vide
Pour s’emplir de déchets du passé
     Forteresse qui s’ingère
Finit par s’engloutir lui-même
    Anéanti

Pendant l’avenir,    je prends
     La clé des chants
Me prête aux notes
Pour être matière première
     Envahir les champs multiples

 Source
   D’où le premier se tait
   Et laisse place à mes tierces
            mes quartes
         mes doubles
    et mes ombres à facettes  -  effets de fantômes défaits ( ?! ??)

Extraire le ternaire
Pour enfin prendre
         Un sérieux coup
        de
        vie

Et là il y en a un paquet
    Paquet chocolat noir
        Sur un quai de gare
    Paquet croissant
        Sur une corde
        Au creux des mains
    Mèche passée au rasoir
    Pour ne jamais être fauchée

Simplement
Rester avec l’idée
D’avoir eu un sacré coup de
    Veine
D’être tombée sur un filon
    Si pauvre
        Simple filou

Ou plutôt, non :
    J’ai bien choisi
        Ma Veine !
 
                                     Isé  27 septembre2012

 

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Neutralité dispersée
Perversité accrue
Dérèglement total
Equilibrage en vue
Disparition totale des apparences
Réincarnation de la source
Visibilité embuée
Renaissance soudaine
Doutes persistants
Liberté retrouvée
Ancrage, désencrassage, connectivité délirante
Fusion émotionnelle restrictive
Immatriculation génétique en voie de disparition
Ré-encodage à la lumière, à la vie
Equilibre versatil

                                                                       10 mai 2012- Béatrice

 

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Tu me regardes, j’accroche ton regard et tu me prends la main.
Tu m’entraînes à travers le grand hall dont le sol est couvert d’une moquette épaisse qui absorbe moelleusement nos pas.
Au fond, il y a un immense miroir qui curieusement ne nous reflète pas. Tu avances, ta main maintenant toujours la mienne et nous marchons  à travers.
Arrivant de l’autre côté, une autre pièce encore plus grande, ouverte vers l’extérieur sur une mer violette et un ciel mauve.
Je ne comprends rien, où suis-je ? Où m’emmènes-tu ?
Il y a une porte sur le coté gauche, tu l’ouvres.
Une femme blonde, mince et vêtue d’une robe rouge est assise devant une table.
Elle tourne la tête vers nous, tu ne la vois pas.
Tu lâches ma main, une herse tombe entre nous.
Nous nous faisons face à travers les barreaux, la femme derrière toi se lève, elle avance pointant vers toi un doigt accusateur.
Je la regarde, j’ouvre la bouche pour crier mais aucun son ne sort.
Je cherche un moyen de te faire sortir.
J’essaye d’écarter les barreaux, ils résistent mais soudain, ils deviennent souples alors, je t’attire vers moi.
La femme veut nous suivre mais elle se transforme en statue de glaise.
Elle se fige, seuls ses yeux bougent menaçants mais elle ne peut rien faire.
Toujours main dans la main, nous essayons de fuir cet univers étrange mais le sol de glaise

nous fait déraper.
Nous devenons lourds, je suis devant toi, je me retourne mais tu ne bouges plus : Tu es devenu statue de glaise !
Je m’affaisse sur le sol en hurlant me retrouvant, moi, face à moi…

 

                                                          Décembre 2011  Isabelle

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Blanche et diaphane, sa couleur devient de plus en plus transparente puis elle disparait, peu à peu à peine perceptible.
Pourtant, elle est là, je le sais.
 Une mouche prends son envol pour atterrir sur la vitre puis elle décolle de nouveau, hésitante ; comme mon c?ur elle ne parvient pas à se poser.
Solitaire et nostalgique, elle danse dans l’air.
Le petit poisson rouge, lui, danse dans le bocal entre les eaux claires et moi je danse, seule sur un air de tango qui me parvient de la rue par la fenêtre ouverte, joué par le vieil accordéoniste au coin de la rue.
Où est-elle ? Elle seule le sait, moi, je ne le sais pas ; elle est là sans y être, comment dire ?
Un jour, elle a rêvé lorsque j’étais enfant, que je me transformais en mouche et que je disparaissais, la laissant seule avec son désespoir et pourtant, c’est elle qui est partie…
L’accordéon s’est tu ; le silence s’impose, je ne danse plus.
Le poisson semble ralenti, tout semble flotter, irréel.
Mon âme s’envole vers les rayons d’un soleil incertain, comme dans un état second, je plane.

Peut-être, vais-je m’envoler, un peu.
                                                          

                                                                         Février 2011  Isabelle


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La salle de café est vaste comme un pays. Mon pays. Je suis bien là où je suis, attablée au bois clair face à la fenêtre, je regarde et j’écris, simultanément, un vrai miracle, à peine je vérifie les mots sur le papier. Ils sont sûrs. Plutôt je suis très attentive à ce qui se passe dedans dehors, très attentive très réceptive, mais pas aux aguets, les choses viennent à moi avec douceur et volupté dans un chant très particulier qui m’étonne et pourtant que je reconnais, que je connais.
Le chant des oiseaux s’éteint peu à peu. La nuit tombe, peu de gens dans la salle de café, c’est toujours ainsi, tous les jours parce que tous les jours je suis là, fidèle à la table, à la fenêtre, aux gens, aux oiseaux, à mon papier, à ma plume. On m’aime ici. On me connaît bien.
Oui tous les jours et en fait presque toute la journée. Je bois du café du vin, je mange, je discute beaucoup aussi avec les fidèles comme moi et les autres, les passants les étrangers. Tous ceux qui viennent sont gentils dans la salle de café. Une fois le seuil franchi, ils deviennent gentils et attentifs, intelligents enfin, généreux.
Un autre monde la salle de café, un petit monde dans le grand monde mais du tout le même en réduit. Non un petit monde humain, d’êtres humains vivants pour de vrai sans raison, sans intérêt, sans méthode.
C’est ça ce que je suis, c’est ça ce que je veux rester, la salle de café est mon pays et mon pays est une contrée des dieux.

                                                                                                  

                                                                         Marie Dominique
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17 janvier 2010

J'aime les mots, les phrases qui expriment le bruissement de la vie,
j'aime les mots les phrases qui embellissent la vie, à l'exemple de celle-ci "ma main au loin pense à toi".
J'aime les mots, les phrases qui libérent de ce qui entrave, libérent d'une multitude de couches qui se superposent au fil du temps, utiles pour se protéger contre les aspérités de la vie, elles finissent par étouffer toute la spontanéité.
J'aime les mots, les phrases qui me font voyager, en moi, loin de moi, vers la rencontre de l'autre.
                                                                                    C.

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Dimanche 14 février 2010

Le pas silencieux, pas un froissement tout autour, juste le pas, dense. Tout est contenu là. Le pas miroir. Le pas sur le trottoir qui a son pendant sur le trottoir d’en face. Les pas se regardent les uns les autres et se répondent. Non ce ne sont pas des échos, les pas se parlent, ils s’entremêlent et fondent la marche. Ils choisissent la direction, le chemin. Pas de fraude possible, le pas est la suite de l’autre, quel qu’il soit.
Le pas arrière, retour salvateur. Pas d’oubli mensonger. Retour et passage de la voie dangereuse entre les deux trottoirs et changement de trottoir pour y voir mieux.
Je me regarde marcher, j’ai souvent mal à la tête. Je ne sais pas vraiment pourquoi et cela me tracasse. Alors je regarde là-bas derrière, et de l’autre côté, et un miracle à volutes nuageuses danse au dessus de ma tête, de cette tête fébrile et chaude. Trop chaude, peut-être, tout simplement.
Trop de silence et trop de densité.
                                                                                                       
                                                                              Marie Dominique

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Jeudi 12 novembre 2009

Aller vers l’arbre était son but, elle ne savait pas pourquoi mais ce vieil arbre lui semblait être une partie d’elle.
Laissant tous les fardeaux de la vie, elle se dirigea vers lui, son tronc noueux et ses branches chenues semblaient l’attirer.
Elle alla vers lui sans réfléchir, elle était comme ça Aïda, impulsive, vulnérable et fragile, si fragile mais pourtant inconsciente du danger car elle ignorait le mal ne sachant même pas qu’il existait, le mal ou bien le « mâle ».
Faisant partie l’un de l’autre étroitement inter briqués.
 Elle ne savait pas pourquoi mais elle y allait, grimpant nue le long de son tronc, enfouissant son visage dans les feuilles…
                                                                                                                      
                                                                                Isabelle

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Jeudi 5 novembre 2009

On n’a pas vraiment le choix.
Si, on a le choix de regarder les couleurs. De choisir une palette, de prendre ses couleurs imposées et de composer un tableau. Un tableau à soi.
Couleurs juxtaposées.
Couleurs mélangées.
Couleurs entrelacées.
Harmonie. Violence. Tout à soi.
Merci mes belles couleurs que l’on m'a collées sur le dos et regardez ce beau tableau que j’ai composé.
La vie ? un art de la composition, composition de couleurs imposées.
Je revendique, pour tous, le choix de la composition.
Un unijambiste ne marche pas comme tout le monde. Ah oui ? Pourtant il est beau à regarder marcher. J’aime son unijambisme, sa démarche il n’y en a pas de pareil.
Et il danse ! Oui !
Comme personne.
Quand il danse, c’est comme un miracle. Plutôt il semble un miraculé.
Il danse comme personne. Un vrai bonheur de danser avec lui.

                                                                                                       
                                                                                  Marie Dominique

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